À ceux et celles qui ont tant donné pour notre indépendance.
LES REVENANTS
Ces hommes et ces femmes désormais disparus
Seraient-ils en moi-même aujourd’hui revenus?
Dans mes os, dans mon sang et jusque dans ma chair
Bien souvent je ressens le poids de vies entières .
Mes jarrets endurcis et mes pas alourdis
Scandent leurs longues marches de trappes et de draves .
Aux sentiers des portages, leurs lourds canots d’écorces
Me ploient dessous la charge et me grugent les forces .
Les esprits des ancêtres désormais disparus
Seraient-ils en ma tête aujourd’hui revenus ?
Tout mon crâne s’enflamme !
En ma cervelle s’amoncellent et se mêlent
Et s’empressent et m’oppressent
Les plans des bâtisseurs et gouverneurs aux négoces habiles
Par lesquels s’ouvrirent les routes et surgirent les villes
Et les ponts et les ports et le chemin du roi .
À ma gorge l’angoisse de la corde qui au pied du courant
Prit la vie de nos gens .
Devant tant de vaillance, devant tant de labeur
Faible est ma souvenance .
Aurai-je encore au cœur cette maudite peur ?
Honte â moi veule indécis ! Velléitaire de carrière !
Qui ne lèverait pas, même du bout des doigts,
La plume pour tracer une croix lorsque l’on met aux voix
Ce mot OUI qui signerait ce Pays .
Ces hommes et ces femmes loin dans nos souvenirs
Devraient-ils en nos âmes aujourd’hui revenir ?