Charme des fleurs
Que de fois j’ai tenté, mais toujours vainement,
De capter la beauté des humbles fleurs des champs.
À peine rassemblées entre mes mains cupides,
Leur fraîcheur pâlissait en un bouquet stupide.
Corolles éclatantes ou bien chardons sévères,
Violettes odorantes et tendres primevères
Dont les senteurs fines emplissent les sous-bois
N’ont pas de place sous un toit.
Sur tapis de velours ou sur fond de dentelles
Vous n’êtes point si belles.
Entre fauteuil et table vous êtes lamentables.
Loin de vous dédaigner j’irai vous contempler
Où les désirs du vent vous auront parsemées.
Je n’irai plus au bois que pour voir les bruyères
Serpenter librement au pied des grands pins verts.
Dont les fûts écorchés exhalent la résine
confondue aux embruns des effluves marines
Iris versicolores dans un marais posés
Pâturin des lapins argentés de rosée
La flouve, la fléole et le vulpin des prés,
Fétuque, avoine folle, dactyle pelotonné,
Toutes autant que vous êtes, il n’est point de décors
Qui vous conviennent mieux que les talus, les bords
Des fossés, des ruisseaux, des rochers et des ruines,
Dans la lumière du soir, quand le soleil décline.
Oui mais la rose, ah! LA ROSE!, la blanche, la pure,
C’est une pleine lune par une nuit sans brume.
Et celle toute d’or flammée de sang,
C’est un soleil d’été qu’on admire au couchant.
Enfin c’est l’écarlate, ce bouton espéré et qui soudain éclate.
Ni trop tôt ni trop tard il attend qu’on le cueille,
Quand son oeil et sa lèvre s’ouvrent aux premiers rayons,
Il est temps de lui dire: « viens orner ma maison» .