Par très grand vent de poudrerie je chasse neige en plaines et monts
N’en déplaise à Gilles notre ami car l’hiver ne sera plus mon
Pays froid, figé transi. Je le veux vert et flamboyant.
Mon pays, lui, sera printemps.
Je ne serai plus l’épinette ployée sous le manteau blanc.
Enfin je lèverai la tête, digne comme les humbles gens.
Je cultiverai mon propre lopin, mes arpents de neige repeints
En vert, en jaune, couleur des blés, mon pays lui sera l’été.
Passe encore qu’il soit l’automne avec ses grands tableaux de maîtres
D’érables, de bouleaux, de hêtres. Quand dans l’air frais déjà résonne,
Aux célestes sentiers migratoires, le cri des oiseaux de passage qui
déssinent dans leur sillage les grands”V” de vie, de victoire.
Je sens aux battements de leurs ailes poindre une liberté nouvelle.
Quand j’aurai fait craquer la glace qui me tenait fossilisé,
Je reprendrai toute la place par mes ancêtres défrichée.
Avec mes voisins partenaires, d’égal à égal, je vais échanger,
Mon or, mon argent, mon fer et tous les bons fruits de mon verger.
Je ne serai plus méconnu mais reconnu du monde entier.